Association Française pour le Production Fourragère

Compte-rendu des Journées Professionnelles AFPF 2016

Les Journées Professionnelles 2016 de l'AFPF, sur le thème "Les légumineuses fourragères et prairiales : quoi de neuf ?" ont eu lieu les 21 & 22 mars 2016 sur le site du FIAP Jean Monnet, 30 rue Cabanis à Paris (Ile-de-France). En voici un compte-rendu :


Aujourd'hui, la mondialisation, l'évolution climatique et les préoccupations environnementales conduisent à revisiter l'utilisation des légumineuses fourragères et prairiales. Fortes d'une grande diversité d'espèces et de caractéristiques adaptatives, elles présentent de nombreux atouts dont les principaux sont l'autonomie énergétique et azotée.
Ces journées ont permis d'aborder de nombreuses questions : quelles productions et quels services écosystémiques ces légumineuses peuvent-elles fournir, et sous quelles conduites ? quelles sont les espèces les mieux adaptées aux nouveaux contextes techniques et socio-économiques ? comment les cultiver et les associer à d'autres espèces ? quels atouts peut-on en attendre pour les systèmes de production et d'élevage et en particulier quelles conséquences économiques ? quelles sont les mesures qui peuvent encourager leur utilisation ?

Deux présentations introductives ont replacé l'intérêt des légumineuses dans le contexte actuel. Malgré le fort recul qu'elles ont connu dans les années 1970-2000 du fait de l'intensification de l'agriculture, la conjoncture socio-économique actuelle ouvre de nouveaux espaces d'intérêts pour ces espèces, notamment grâce à leur capacité de fixation symbiotique, de fourniture gratuite d'azote au sol et à la teneur élevée en matières azotées totales (MAT) du fourrage qu'elles produisent. Une autre présentation, dans l'optique des préoccupations environnementales actuelles, a montré leur bénéfice pour la protection des ressources sol-eau-air et de la biodiversité.

Dans une seconde partie, les interventions de ces Journées AFPF ont permis de présenter la diversité des espèces (tempérées et méditerranéennes) et de souligner leur contribution à la biodiversité des milieux. Alors que principalement trois espèces sont cultivées en France (trèfle blanc, luzerne, trèfle violet), d'autres légumineuses peuvent présenter un intérêt significatif, notamment dans les conditions de milieu à été sec ou de sol hydromorphe ou acide. Toutefois, ces espèces alternatives ont peu fait l'objet d'amélioration génétique. Une bonne implantation des légumineuses est un enjeu important. Les choix des dates et doses de semis, des techniques d'implantation sont déterminants pour assurer leur maintien ultérieur dans la prairie. Le semis sous couvert peut permettre aux légumineuses à développement lent de s'implanter tout en limitant le développement des adventices. Il a été souligné l'importance, dans de nombreuses situations, de l'inoculation par des rhizobium appropriés, ainsi que la nécessité d'adapter la fertilisation phosphorée et potassique.

De plus en plus souvent, les légumineuses prairiales sont cultivées dans des mélanges plus complexes que la simple association binaire (une graminée et une légumineuse). Ce thème faisait l'objet de la troisième partie des journées. Différents outils pour le choix des espèces se développent. L'expérience acquise ces dix dernières années par différentes stations expérimentales permet de dégager un certain nombre de tendances sur la dynamique de ces mélanges et la pérennité du couvert. Notamment, il a été montré l'intérêt de mélanger des espèces ou variétés complémentaires pour leur rapidité d'implantation et leur pérennité, permettant ainsi à ces espèces d'assurer un relais dans le temps et une meilleure pérennité du couvert. L'analyse plus détaillée des transferts d'azote montre également les différences de rapidité de mise en place de ces transferts d'azote selon les espèces de légumineuses. Les connaissances concernant les associations légumineuses - céréales se sont également largement développées ces dernières années. Outre la réduction d'intrants procurée par ce type de couvert peu fertilisé, ces associations annuelles peuvent représenter un apport fourrager intéressant notamment en contre-saison. Ces différentes interventions ont également souligné la difficulté de maintenir un équilibre et une proportion satisfaisants de légumineuses au sein du couvert, gage d'un fourrage équilibré en matières azotées.

La quatrième partie des journées était consacrée à la valorisation des légumineuses dans les systèmes de production animale. La conservation des fourrages riches en légumineuses demande une technicité particulière. En effet, certaines légumineuses sont plus difficiles à conserver que d'autres, certaines espèces ont facilement tendance à perdre des feuilles et donc une partie de leur valeur alimentaire au cours des étapes de récolte. Les qualités nutritionnelles des légumineuses ont été soulignées : une ingestibilité supérieure aux autres fourrages, une teneur élevée en MAT (+ 60 g PDIN/kg MS) qui demande un ré-équilibrage de la ration mais permet une économie substantielle de concentré azoté tout en maintenant (ou améliorant légèrement) la production laitière (bovine ou caprine) et les taux butyreux et protéiques. La valeur énergétique du fourrage varie avec le type de récolte, de couvert et la proportion de légumineuses dans le couvert. Les nombreuses qualités non nutritionnelles (pour la santé des animaux et la qualité des produits) ont également été présentées avec une mention particulière pour les tannins condensés du sainfoin et du lotier qui permettent de réduire les risques de météorisation, les pertes urinaires azotées et d'améliorer l'utilisation de l'azote dans le rumen.

Les légumineuses fourragères sont aujourd'hui assez présentes dans les systèmes de production animale, même si il peut y avoir des variations significatives selon la zone géographique et selon le type d'animal (plus de trèfle dans les systèmes bovins et plus de luzerne chez les caprins). Les performances laitières des systèmes valorisant largement les légumineuses sont généralement équivalentes voire supérieures. L'équilibre optimal en proportion de légumineuses et non-légumineuses varie toutefois selon les espèces végétales et selon le type d'animal. Les préférences animales peuvent également orienter la valorisation des légumineuses, selon l'espèce végétale et le type d'animal, notamment chez les caprins. Les systèmes en agriculture biologique, qui privilégient l'utilisation des légumineuses en pures ou en mélange, soulignent la bonne valorisation des foins de prairies à flore variée et des associations céréales - protéagineux par les bovins viande.

D'un point de vue économique, le développement des légumineuses dans les systèmes de production animale ne semble pas permettre de dégager des marges brutes supérieures, en raison des coûts de semences et de récolte plus élevés. Toutefois, les bénéfices sur les cultures suivantes (reliquat azoté et maladies) et sur l'environnement, plus difficiles à chiffrer, ne sont pas pris en compte dans ces évaluations. L'inflexion de la politique européenne en faveur des légumineuses (plans Protéines, développement du second pilier) est un élément important qui pourrait renforcer les éléments économiques précédents.

Le nombre exceptionnellement élevé d'affiches scientifiques (une trentaine), présentant des résultats d'expérimentation du Développement agricole comme de la Recherche, prouvait l'intérêt actuel du secteur de l'élevage pour les légumineuses, dans un foisonnement d'utilisations et d'orientations (de la bonne culture et utilisation des mélanges fourragers à la ré-orientation des rotations de culture ou à l'utilisation des légumineuses comme fertilisants organiques).

Malgré tous ces atouts, pourquoi les légumineuses ne sont-elles pas plus développées ? La synthèse finale des Journées identifiait plusieurs types de verrous : cognitifs (déficit de connaissances sur ces cultures, souvent utilisées dans des couverts complexes difficiles à maîtriser), organisationnels (nécessité de repenser les systèmes de culture ou de production, les interactions entre les acteurs, par exemple entre céréaliers et éleveurs) et politiques.

Vous retrouverez toutes les interventions, dans la revue Fourrages (n°226 et 227).


 
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Dernière mise à jour le
30/08/2016